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PRATIQUE LIBRE OU ENCADRÉE,
BIEN CHOISIR SON ACTIVITÉ EN RIVIÈRE

Ça y est, le printemps est installé, la préparation des vacances d’été s’amorce, et bon nombre de voyageurs qui choisissent la montagne s’apprêtent à réserver au moins une demi-journée d’activité en rivière (et ils ont bien raison) ! Rafting, canoë, kayak, stand up paddle, nage en eau vive, location ou sortie accompagnée, il est parfois difficile de s’y retrouver et de faire le bon choix ! Suivez le guide, on a tout dégrossi pour vous !

Définitions

On peut répartir les activités en rivière dans trois grandes catégories : la pratique libre avec son propre matériel, la location sèche, qui consiste à se fournir en matériel de navigation auprès d’un professionnel contre rémunération, et les activités encadrées, qui incluent un accompagnement par un professionnel diplômé.
Généralement, la location se pratique plutôt sur des parcours de classes I et II, en canoës ou kayaks rigides (de type canadiens ou sit on top), voire en stand up paddle, alors que les activités encadrées ont lieu en classes III et IV, majoritairement en embarcations gonflables (rafts, mini rafts, packrafts, hot dogs ou air boats). La nage en eau vive (hydrospeed) et les activités assimilées (Bellyak, Riverbug) sont, quant à elles, systématiquement encadrées, car plus engagées et moins compatibles avec les parcours accessibles à la location.

La classification des rivières

Les rapides que l’on peut trouver dans une rivière sont classés par degré de difficulté, de I à VI (I : Facile – II : Modéré – III : Moyennement difficile – IV : Difficile – V : Très difficile – VI : Extrême). Chaque parcours (section déterminée) peut donc être assimilé à un niveau, en fonction de la catégorie la plus élevée de rapides que l’on y rencontrera.
Il importe de tenir compte du fait que le débit spécifique du moment peut avoir une influence sur la classification, qui est donc loin d’être immuable ou figée. Si certaines sections font l’unanimité, les conditions hydrologiques peuvent fortement varier, de même que l’appréciation individuelle, raison pour laquelle il importe de faire preuve de prudence, particulièrement lorsque l’on se trouve dans une zone soumise à de fortes variabilités potentielles, ce qui est assez typique des rivières de montagne.

La législation

S’il n’existe pas, en France, de loi interdisant spécifiquement la location au-delà d’une certaine catégorie de rapides à proprement parler, un seuil réglementaire indirect découle de la lecture des obligations de sécurité, ainsi que d’un consensus professionnel assez largement admis. Celui-ci est généralement apprécié autour de la classe III. Un loueur étant tenu par une obligation de moyens pouvant être renforcée selon le contexte, il ne peut fournir de matériel dans des conditions qui nécessiteraient le recours à un encadrement sans s’exposer à un risque accru de mise en cause de sa responsabilité en cas d’accident. C’est pourquoi, la plupart des tronçons sur lesquels se pratique la location sèche sont des sections de classes I et II, même si elle pourrait être légalement admissible sur certains parcours de classe III. Il s’agit là d’une tendance et non d’une norme, car le déroulement d’une activité se doit de s’adapter au contexte. Par exemple, un groupe de scolaires sera probablement encadré même sur un parcours de classe II, alors qu’un club sportif en sortie cohésion pourrait évoluer librement sur un parcours de classe III relativement facile.

Les diplômes

Tout encadrant accompagnant des sorties en rivière, en eau calme ou en mer doit être au bénéfice d’un diplôme reconnu par le Ministère des Sports et d’une carte professionnelle, qui précise l’étendue des prérogatives dont il dispose.
Les diplômes ouvrant le droit à l’encadrement de sorties en eau vive jusqu’à la classe III sont le CQP Raft et Nage en Eau Vive, ainsi que les BEES et BPJEPS mention Canoë Kayak et Disciplines Associées. Il est également possible d’encadrer jusqu’en classe III avec d’autres diplômes, à la condition expresse de disposer des prérogatives spécifiques Canoë Kayak et Disciplines Associées correspondantes. En pratique, les parcours de classe IV sont souvent assimilés à un « milieu spécifique », c’est-à-dire un environnement à risques particuliers. Un DEJEPS ou une qualification supplémentaire y sont donc obligatoires.

La pratique libre

Sauf exceptions, en France, la majeure partie des cours d’eau sont ouverts à la navigation, ce qui signifie qu’en l’absence d’arrêté préfectoral ou municipal interdisant la pratique à certains endroits ou certaines périodes, tout le monde peut théoriquement aller pagayer presque partout, avec à la clef un certain nombre d’accidents parfois graves, voire mortels. Naviguer sans supervision demande des connaissances, de l’expérience, de la pratique et une condition physique adaptée au parcours envisagé. De manière générale, les mesures de sécurité à prendre sont les suivantes :

  • Ne jamais partir totalement seul. Comme pour la plupart des activités d’extérieur, il s’agit de la précaution numéro un à prendre dans tous les cas.
  • Se renseigner sur l’état du parcours, soit via un repérage effectué à l’avance, soit en contactant un club ou un centre de pratique local.
  • Prendre de la marge par rapport à son niveau physique et technique : ne jamais se surestimer et tenir compte du contexte (par ex. montée des niveaux d’eau en période de fonte des neiges ou suite à un lâcher de barrage).
  • Adapter le niveau de la sortie à celui du pratiquant le moins expérimenté du groupe.
  • Connaître et vérifier son matériel : s’aventurer en rivière avec un équipement mal maîtrisé ou en mauvais état augmente significativement les risques.
  • Disposer d’un équipement de communication adapté (téléphone satellite si la zone n’est pas couverte).
  • Informer des personnes à terre de la sortie prévue (localisation, durée estimée, etc.).

Les grands atouts de la pratique libre sont indéniablement l’impression de liberté qu’elle procure, ainsi qu’un sentiment de connexion avec la Nature. S’il est tout à fait compréhensible de rechercher de telles sensations, il ne faut jamais oublier que le danger reste présent et demeurer humble face à la rivière. Si vous avez peu d’expérience, il est donc fortement recommandé de commencer par prendre des cours, même avec votre propre matériel, ce qui peut s’effectuer en club ou dans une structure professionnelle. Par ailleurs, de plus en plus de pratiquants libres créent des dégâts sur le milieu par manque d’expérience et de formation, notamment en pratiquant le bivouac n’importe où et n’importe comment. Une rivière est un écosystème sensible, et en profiter passe d’abord par le fait de s’informer et de le protéger.
La pratique libre s’avère souvent la plus onéreuse, car il faut acquérir un ensemble important de matériel et d’accessoires, ce qui n’est rentable que si l’on n’en profite régulièrement.

Descente du Rio Urubu, Brésil

La location sèche

Si l’on souhaite naviguer librement sans pour autant posséder son propre matériel, le mieux est de se rapprocher d’un loueur sérieux. Cela revient à s’offrir les services et les conseils d’un professionnel et, ce faisant, à contribuer à diminuer son risque d’accident. Le matériel et l’équipement sont régulièrement contrôlés et en bon état, et le tronçon de rivière que l’on va vous inviter à parcourir est adapté au niveau de pratique visé. Cela évite les mauvaises surprises et vous permet de naviguer plus ou moins à votre rythme. Dans les meilleures bases de location, un support peut vous être fourni, qui vous permettra de repérer les éléments les plus intéressants visibles depuis la rivière. Il est parfois difficile de jauger la qualité des différentes structures offrant du matériel à la location, voici donc quelques critères de choix, cette liste n’étant évidemment pas exhaustive :

  • L’attention portée à l’environnement (guide des bonnes pratiques, mesures éco-responsables visibles sur place, pédagogie du loueur face au fait de s’aventurer dans la Nature, focus sur les zones ou espèces sensibles, etc.)
  • L’état du matériel (s’il est normal que les couleurs soient claircies par le soleil, le matériel est bien entreposé et en bon état, de même que les véhicules de l’entreprise.)
  • L’adhésion de la structure à une association professionnelle, telle que la FNLPCK, le SNGP CKDA ou la FFCK.
  • La présence d’un ou plusieurs labels sérieux (Destination d’Excellence, Pagaie Nature, etc.).

Les pratiques encadrées

Si l’on se penche plus spécifiquement sur les pratiques encadrées en rivière, la plus répandue est le rafting, pratiqué par la majeure partie des structures qui proposent des activités accompagnées. Il s’agit également de la plus accessible à tous, car le guide se trouve à la manœuvre, à l’arrière du bateau. Pour en profiter, il suffit donc de savoir nager 25 m, de ne pas avoir peur de l’eau, de se laisser guider et de profiter du paysage et des sensations !

Il existe également des embarcations autonomes, qui constituent un entre-deux intéressant entre la présence d’un guide et la navigation en autonomie : le moniteur est à vos côtés, mais c’est seul ou à plusieurs que vous apprenez à diriger vos bateaux. Parmi les plus connues et les plus prisées, on citera le kayak gonflable ou air boat, le canoë gonflable, également appelé canoraft ou hot dog, ou encore le mini-raft : embarcation d’équipage par excellence, il s’agit d’un petit raft conçu pour accueillir entre 3 et 6 passagers, dont l’un fera office de barreur.

La pratique encadrée présente, elle aussi, beaucoup d’avantages. Le premier est indubitablement lié à la sécurité : accompagné d’un guide diplômé, vous pouvez accéder à des parcours que vous seriez incapables de faire seuls. Selon votre choix de section, les sensations seront également au rendez-vous : à vous les rapides de classe III, voire IV, auxquels les non-initiés ne peuvent avoir accès sans se mettre sérieusement en péril. De plus, naviguer en compagnie de guides professionnels, c’est partir à la découverte d’une région et d’un cours d’eau en compagnie de ceux qui y vivent et qui les connaissent. Rien n’a de secret pour eux : faune, flore, patrimoine, histoire. Lorsque l’on pagaie en compagnie d’un moniteur, la rivière devient un terrain de partages et de rencontres. Celle d’une équipe, mais également d’autres participants venus prendre part à la même session. On ne compte plus les familles arrivées sans se connaître et reparties ensemble, pour un verre ou même un bout des vacances !

(c) P. Meyer AE Médias

Alors, que choisir ?

Bien souvent, le choix s’effectue par défaut : la location sèche n’est pas proposée sur certains parcours, essentiellement pour des questions de sécurité. À l’inverse, certaines sections ne font pas l’objet d’une offre d’encadrement, car elles se prêtent davantage à la location qu’au guidage dans la pratique locale. Lorsque les deux sont présents, ce n’est donc pratiquement jamais au même endroit, et c’est là qu’il vous faudra choisir entre vous lancer sur la partie la plus mouvementée avec un guide ou opter pour la section la plus calme en louant du matériel.

Rien ne vous empêche de tester les deux !

Si vous êtes seul, les activités encadrées sont assurément le meilleur choix, à la fois s’agissant de votre sécurité et du plaisir de partager votre activité avec d’autres pratiquants.

Si votre budget est restreint, la location sèche est l’option la moins onéreuse.

Si vous êtes en famille ou entre amis, cela dépend de ce que vous souhaitez privilégier entre la liberté de faire les choses par vous-même ou les avantages offerts par les activités encadrées dont nous avons parlé plus haut.

Si vous êtes un pratiquant aguerri disposant de son propre matériel, il va de soi que vous pouvez vous cantonner à la pratique libre. Mais vous passerez à côté d’une partie importante des trésors de la rivière, bien gardés par ceux qui en connaissent chaque rapide, chaque virage et chaque vague.

Sur le Rio Marañon, au Pérou, avec Luigi

Fort de plus de 35 ans d’expérience en tant que kayakiste, Tom aime toujours aller naviguer avec des guides, aux quatre coins de la planète. Parce que ce n’est pas de niveau ou de capacités dont il s’agit, mais de rencontres et de partages.

©️Tristan Buchot N'PY
©️Tristan Buchot N'PY