Prologue

Au cours d’un fabuleux voyage de deux mois et demi en Indonésie, j’ai eu l’opportunité de naviguer deux jours sur la Sa’dan River avec deux guides d’une compagnie de rafting locale : Toraja One Stop Adventure (TOSA).
Située au sud de l’île de Sulawesi, cette rivière magnifique prend sa source au coeur des montagnes, au nord de la ville de Rantepao, et serpente sur 182km au coeur du mythique pays Toraja.
Elle offre aux amateurs de rapides, dont je fais partie, de superbes terrains de jeux jusqu’à la classe V.
Ayant eu la chance de m’y aventurer au plus fort de la saison des pluies, aucune compagnie ne naviguait avec des touristes.

C’est pourquoi j’ai effectué une sortie en compagnie de deux collègues locaux, qui compte aujourd’hui parmi mes plus beaux souvenirs de ce voyage.

Mettez votre portable en mode avion, ouvrez grands les ailes de votre imagination : je vous emmène !

Bonne lecture !

Tom

Départ : ville de Rantepao, 8h30
Nous voici partis à l’indonésienne, dans un petit camion benne ! Je suis devant avec Jimmy, notre chauffeur, pendant que Denny, le guide, et Greg, son assistant, voyagent dans la benne en préparant le matériel pour les 2 jours à venir.
Nous nous arrêtons pour un café et observons la rivière en contrebas.
On aperçoit la partie haute, que l’on ne peut naviguer en raison de nombreux siphons. Ça annonce du bon classe V !
Village de départ : Lebanu, 12h15
Après un petit « makhan » (repas) pris à l’abri sous une maison, nous voici enfin au bord de la Sa’dan. Nous chargeons les sacs étanches et installons les avirons sur le Raft.
La rivière est marron. Il semblerait que l’on se trouve sur un site d’extraction de sable. Les montagnes alentour sont éclatantes de vert, ce qui crée un contraste saisissant.
Embarquement, 13h
Après un briefing de navigation tout à fait comparable à ce que l’on ferait chez nous, l’heure du départ a sonné ! La rivière est large et volumineuse, mais la première partie est plutôt plate, au coeur d’un environnement intensément vert.
On aperçoit de nombreux buffles dans les champs.

 

Premier gros rapide
Après une demi-heure de navigation, nous approchons le premier gros rapide ( « Stop Picture » si mes souvenirs sont exacts). Et il est plutôt costaud. Nous effectuons un arrêt repérage en rive gauche. Nous comparons nos idées de lignes avec mes deux compagnons d’aventure, et c’est finalement la passe à l’extrême gauche qui l’emporte.
Il y a trois énormes trous, avec des rappels, dans lesquels je n’ai pas vraiment envie de me mouiller les dreadlocks !
Il me semble que la ligne de gauche est l’option poule mouillée (chicken line), mais j’apprendrai plus tard dans la journée que les niveaux d’eau sont gros pour la saison, et que lorsque c’est inférieur, il passent au milieu du rapide.
Après-midi de rêve
La suite s’avère plutôt sympathique, avec une dizaine de rapides classe V à volume.
Nous débarquons à nouveau pour repérer les lignes : il y a pas mal de gros trous et de jolis rappels.
Aux avirons, Denny nous positionne très bien.
À l’avant, Greg et moi envoyons la sauce quand notre barreur nous le demande.
À la sortie de l’un des rapides, il y a un rappel en plein milieu, qui ne paie pas de mine par rapport à tout ce que l’on vient de passer. Nous arrivons droit dedans, avec un bateau lourd et pas suffisamment de vitesse.
Résultat, le rappel commence à nous sucer en arrière !
Ça y est : on est en plein dedans ! Le raft commence à secouer dans tous les sens.
L’arrière tourne et commence à se mettre sur la tranche. Nous nous jetons à l’avant avec Greg et essayons de prendre l’eau le plus loin possible. Nous faisons un bon contrepoids, le bateau retombe à plat et se remet dans l’axe, toujours aspiré par l’arrière.
Nous redoublons d’efforts pendant que Dany attrape une sangle accrochée à la pointe arrière du bateau, saute devant avec nous et tire de toutes ses forces dessus pour libérer l’arrière. Nous ramons de plus belle et le raft sort enfin du rappel. C’est l’euphorie à bord : nous ne sommes pas passés loin, mais avons fait le job !
À peine le temps de laisser exploser notre joie que nous voici repartis pour un nouveau rapide classe cinq. Nous en enchainons encore deux ou trois, puis la rivière se calme et Denny me laisse barrer aux avirons dans un petit rapide classe II et sur le plat qui suit.
La technique est intéressante, même si au début j’ai l’impression de ressembler à un enfant de quatre ans qui essaie de manger du nasi goreng (riz frit, plat typique indonésien) avec des baguettes. Finalement, après quelques centaines de mètres, je commence à choper la technique. Je barre sur environ 2 km avec mes deux compagnons à l’avant.
Débarquement, village de Bau, 17h15
En fin d’après-midi, nous débarquons en rive droite, dans un champ qui mène à une très jolie petite ferme typique. Il y a des buffles d’eau partout. Nous descendons un peu en dessous de la maison et il m’installent comme un roi, une chaise face à la rivière.
Ici, la rivière Ma’supu se jette dans la Sa’dan en rive droite.
Denny m’explique qu’il a repéré cette rivière (classe II-III) il y a quelques semaines et l’ajoutera peut-être à ses prestations prochainement.
Cela fait trois mois qu’il n’a pas plu dans le secteur. Les nuages restent bloqués par la montagne située juste au-dessus, ce qui crée une situation tendue pour l’alimentation du bétail.
Nuit chez l’habitant à Bau
Vers 18h30, la nuit tombe. Je reviens du village, où il n’y a évidemment aucune connexion téléphonique. J’ai réussi à trouver un village plus petit que Gez ! J’en estime la population à 150 habitants maximum. Je m’y suis rendu accompagné de mon copain Anguy, qui doit avoir à peu près huit ans.
Les locaux étaient morts de rire de voir un «boulé» (étranger blanc) se promener dans le village, avec un enfant qui ne parlait pas un mot d’anglais. Nous avons vu des jeunes qui jouait au volley. Pendant ce temps, Denny et Greg nous avaient préparé le repas : des légumes, du riz et du poisson grillé.
En parlant avec eux, je comprends que Greg est en formation pour devenir guide. Il devra rester un an auprès de Denny comme assistant, puis continuera à barrer des rafts à l’aviron durant une année supplémentaire, avec deux assistants sous ses ordres, mais uniquement pour transporter les bagages. Ce n’est qu’au bout de ces deux ans de formation qu’il pourra enfin s’installer à la barre avec des clients à bord. Je constate que la formation des guides est très différente d’un pays à l’autre. Ici, la pratique me semble vraiment très complète. Même si je ne connais pas la théorie enseignée, l’apprentissage est graduel et implique une expérience de terrain importante.
19h00 : nous prenons un délicieux repas en compagnie de nos hôtes, mangé avec les doigts et partagé avec le chat, qui semble avoir plus de droits que le chien. La pluie est après trois mois enfin arrivée ! Nous avons attendu que celle-ci se termine pour essayer d’aller téléphoner un peu plus haut dans la montagne, dans le rare endroit où les téléphones sont censés capter. Malheureusement, la pluie torrentielle s’est abattue sur nous nous sommes revenus en courant complètement trempé. Je pense que mes vêtements jusqu’ici sec grâce au sac étanche ne vont jamais sécher jusqu’à l’arrivée. Youpi
A 21h, nous allons nous coucher, lumière allumée, comme cela se fait fréquemment dans le pays. Une demi-heure plus tard, Denny éteint la lampe principale, mais toutes les autres restent allumées. Je me rends compte que mes compagnons d’aventure sont d’aussi formidables ronfleurs qu’ils sont de merveilleux barreurs !
La lumière du balcon dans l’œil gauche celle de la cuisine dans l’œil droit, les cheveux mouillés et je sue comme un buffle dans mon sac à viande. Je sens que je vais devoir attendre que le sommeil me tombe dessus.
Dehors, il pleut toujours…
Les grenouilles se sont mises à chanter ; on ne devrait pas manquer d’eau demain !

Réveil, 6h30
Cela fait déjà un petit moment que j’entends de l’agitation dans la maison ; je finis par ouvrir un œil et regarder autour de moi dans la pièce, constatant que je suis le dernier au lit. Ici, lorsque les gens sont debout, ils ne prennent pas vraiment la peine de parler doucement. J’entends que l’on s’affaire en cuisine et qu’à l’extérieur, on prépare déjà la nourriture du bétail. Quitte à être le dernier au lit, j’en profite encore un quart d’heure, puis finis par me lever.

Ousie, la doyenne des lieux, est déjà en pleine action. Je la vois préparer du riz en cuisine. J’ai à peine le temps de me retourner qu’elle est déjà en train de charger un gros tas d’herbe sur son dos pour aller nourrir les buffles. Je vais ensuite jeter un coup d’œil au lever du jour sur la vallée, en paréo, car l’ensemble des mes vêtements d’hier sont encore trempés, vu le taux d’humidité ambiant.
Le paysage est magnifique. Je prends quelques photos et je pose mon téléphone pour vivre pleinement l’instant présent, ce qui a vraiment du sens dans un tel endroit.
Après cet instant de méditation, je remonte vers la ferme, et je retrouve mamie Ousie, qui court dans tous les sens pour nourrir les animaux.
Départ, 8h00
Dès notre arrivée nous sommes réveillés par une belle grosse vague face à un énorme caillou : il ne faudrait pas oublier où nous sommes ! Le reste de la journée est plus calme qu’hier. On est plutôt sur du classe III, mais c’est très joli. Nous faisons un arrêt près d’une source chaude en rive droite. Le second arrêt a lieu en fin de matinée, à la jonction d’une petite rivière d’eau claire, où nous décidons de manger. Il y a de petites cascades et de grandes vasques. Nous en profitons pour faire quelques slides, tels les gamins ravis que nous sommes. Après le repas cuisiné par mes deux compères, nous repartons de nouveau pour du classe III. J’en profite pour travailler ma technique aux avirons. Ça va déjà un peu mieux aujourd’hui. Ensuite, Greg s’installe à la barre. Il maîtrise très bien, mais à un moment, il nous met en travers dans un trou où l’on manque de crêper le raft. Heureusement, Denny se jette du bon côté pour ne pas que le bateau se retourne !
Débarquement : village Papi, 13h30
Et voilà, une nouvelle aventure s’achève ! Il nous faudra 30 minutes pour ranger le matériel dans le camion, puis 3 heures de route pour arriver à destination, dont Denny et Greg profiteront pour prendre un repos bien mérité, dans la benne du camion, comme cela se fait beaucoup sur ces terres magnifiques et infiniment hospitalières. Les moments passés en rivière sont de magnifiques occasions d’en apprendre plus sur un pays. Sa culture, sa faune, sa flore et surtout habitants qui le peuplent. La rivière relie les hommes, non seulement entre eux, mais aussi à la nature, depuis la nuit des temps. C’est pourquoi je lui consacre toujours une partie de mes voyages et espère pouvoir le faire encore longtemps.
IMG_6884
IMG_6983
IMG_6995